La forme 24 du Taichi : un chemin de transformation entre Souffle, Corps et Conscience
- monqigong

- 12 janv.
- 7 min de lecture

Le Tai Chi Chuan est souvent présenté comme une pratique de santé douce, lente et accessible à tous. Pourtant, derrière cette apparente simplicité se cache un art interne d’une richesse exceptionnelle, issu de plusieurs siècles de transmission martiale, philosophique et énergétique. Parmi toutes ses expressions, la forme des 24 mouvements occupe aujourd’hui une place singulière : elle est à la fois la plus connue dans le monde et l’une des plus mal comprises.
Souvent réduite à une « version simplifiée », elle est en réalité une condensation intelligente et cohérente de principes profonds, un véritable laboratoire du mouvement interne. Pratiquée avec justesse, elle devient un rituel de transformation, un travail sur le souffle, la structure et la qualité de présence — bien au-delà d’un simple enchaînement de postures.
Le souffle premier du Taichi : l’aube d’une forme appelée à traverser le monde
Il existe, dans l’histoire des arts internes, des instants rares où tout semble converger.Des moments de bascule silencieuse, où la tradition millénaire, les contraintes d’une époque nouvelle et l’inspiration profonde des maîtres se rencontrent pour donner naissance à une forme appelée à dépasser son propre temps.
La forme des 24 mouvements du Taichi Chuan naît précisément de ce point de convergence. Elle ne surgit pas d’un simple désir de simplification, mais d’une nécessité plus subtile : rendre perceptible l’essence du Taichi à un monde en pleine mutation, sans rompre le fil invisible de la transmission.
C’est cette forme-là — et non une version appauvrie ou édulcorée — que je transmets aujourd’hui dans mes cours de Taichi en ligne : L'Art du Taichi
Une époque de rupture, un défi sans précédent
Nous sommes au milieu du XXᵉ siècle.La Chine traverse des bouleversements profonds. Le monde change de rythme, les corps aussi. Les modes de transmission traditionnels — l’enseignement confidentiel, les lignées fermées, la relation maître-disciple exclusive — se heurtent à une réalité nouvelle : il faut désormais transmettre à grande échelle, sans trahir l’âme et l'esprit de l’art.
Le défi est immense. Comment proposer une forme suffisamment accessible pour être apprise par des millions de pratiquants, tout en conservant la subtilité interne qui faisait la grandeur du Taichichuan ? Comment préserver la continuité du Souffle (Qi), la spirale interne, la dynamique du centre, dans un format plus court ? Comment faire vivre, dans un enchaînement réduit, l’alternance organique du Yin et du Yang — non comme un concept abstrait, mais comme une expérience vivante ?
Ces questions ne sont pas techniques. Elles sont existentielles pour l’art lui-même.
Des maîtres, pas des techniciens
Contrairement à une idée reçue, la forme 24 n’a pas été conçue par des administrateurs ou de simples pédagogues du mouvement. Les maîtres réunis pour cette tâche étaient profondément enracinés dans la tradition des arts internes.
Parmi eux se trouvait Li Tianji, figure discrète mais essentielle. Son parcours s’inscrit dans une filiation directe avec les grands noms du Taichi Chuan et des arts internes chinois. Son père, Li Yulin, avait été en contact avec des maîtres légendaires tels que Yang Chengfu, Sun Lutang ou encore Li Jinglin — des hommes reconnus non seulement pour leur maîtrise martiale, mais pour leur compréhension intérieure du mouvement, du souffle et de la relation entre l’homme et les lois du vivant.
Ces maîtres ne concevaient pas le Tai Chi comme une suite de gestes efficaces, mais comme un art du souffle vivant, un dialogue constant entre le corps humain et l'univers, les rythmes du Ciel et de la Terre.
La simplification comme acte alchimique
Qualifier la forme 24 de « simplification » est, en réalité, profondément réducteur.Il serait plus juste de parler de distillation, de quintessence.
À l’image d’un alchimiste qui concentre l’essence d’une plante rare dans une seule goutte, les maîtres ont opéré un choix radical et précis : parmi les centaines de postures du Tai Chi traditionnel, ils ont sélectionné vingt-quatre archétypes fondamentaux, capables à eux seuls de porter la structure interne complète de l’art.
Chaque mouvement retenu n’est pas là pour sa beauté extérieure, mais pour sa capacité à :
préserver les spirales internes (Chan Si Jin),
maintenir la continuité du centre,
exprimer l’alternance Yin-Yang dans le corps,
relier intention, souffle et structure.
Rien n’a été ajouté au hasard. Rien n’a été conservé par nostalgie.
Une légende condensée dans le mouvement
Ainsi, la forme 24 n’est pas un « produit dérivé » du Taichi Chuan traditionnel.Elle en est la quintessence vivante.
Derrière chaque geste se cache un siècle de transmission silencieuse.Derrière chaque transition, un souffle ancien.Derrière chaque déplacement du poids, une compréhension profonde des lois du vivant.
L’enchaînement n’est pas un montage technique destiné à l’efficacité moderne.Il est une légende condensée, une cartographie du Tao inscrite dans le corps.
Pratiquée avec justesse, la forme 24 ne raconte pas seulement une histoire :elle réveille une mémoire — celle d’un art où le mouvement ne sépare jamais le corps de l’esprit, ni l’homme du souffle du monde.
C'est cette continuité dans la transemission, que j'ai à coeur de partager dans mes cours de Taichi en ligne : L'Art du Taichi

Une architecture invisible : comprendre la logique interne de la forme
À première vue, la forme 24 peut sembler linéaire. Pourtant, elle repose sur une architecture interne extrêmement précise, souvent invisible à l’œil non averti. Et elle est faite de cercles, de spirales et courbes...
Chaque posture est reliée à la suivante par :
des transferts de poids subtils,
des spirales internes (Chan Si Jin),
des rotations de la taille,
une continuité constante du centre (Dantian).
Rien n’est figé. Rien n’est isolé.Le corps devient un système unifié, où les pieds dialoguent avec les mains, où la colonne vertébrale agit comme un axe vivant, et où chaque geste naît du centre avant de s’exprimer vers l’extérieur.
Cette organisation fait de la forme 24 un outil pédagogique majeur : elle enseigne comment bouger sans rompre le flux, comment générer de la puissance sans tension, et comment maintenir l’unité corps-esprit dans le mouvement.
Le souffle comme moteur invisible du mouvement
Dans le Tai Chi, le Souffle Qi, est le moteur silencieux du geste, le flux interne qui anime et donne toute sa fluidité à la forme. Et la structure de la forme 24 de Taichi offre un cadre idéal pour explorer cette dimension sans forcer.
La respiration est naturellle et revient à son état premier : libre, spontanée,juste. C'est l'état naturelle du Ziran chère aux taoïstes.
Au fil de la pratique, la respiration :
s’approfondit naturellement,
devient plus lente et plus ample,
s'harmonise spontanément avec les changements de poids et les ouvertures articulaires.
On ne « contrôle » pas le souffle : on crée les conditions pour qu’il se régule de lui-même.C’est là que le Taichi se distingue fondamentalement des pratiques gymniques : le mouvement est conçu pour libérer la respiration, et non l’inverse.
Progressivement, le souffle interne descend, la respiration se fait fine et profonde en s’enracinant dans l’abdomen. Elle nourrit le Dantian et soutient la circulation du Qi. Le corps devient alors un espace qui respire, où chaque posture est traversée par une sensation de continuité interne.
Symbolique des mouvements : un langage ancien du corps
Les noms traditionnels des postures — Séparer la crinière du cheval sauvage, Nuages des mains, Saisir la queue de l’oiseau, Le coq d’or se tient sur une patte — ne sont pas de simples images poétiques.
Ils constituent un langage symbolique, hérité de la pensée chinoise ancienne, qui permet d’orienter l’intention sans figer le geste. Ces images :
guident la qualité du mouvement,
stimulent l’imaginaire corporel,
facilitent l’intégration organique plutôt que mécanique.
Par exemple, « les mains comme des nuages » ne décrit pas une forme précise, mais une qualité de légèreté, de fluidité et de transformation constante.Ainsi, la forme 24 devient aussi un travail sur l’intention (Yi), ce lien subtil entre l’esprit et le corps qui structure toute la pratique interne.

Un art de la lenteur consciente
La lenteur du Tai Chi est souvent mal interprétée. Elle n’est ni décorative ni arbitraire. Dans la forme 24, la lenteur agit comme un amplificateur de perception.
En ralentissant :
on perçoit les micro-tensions,
on affine les appuis,
on développe une conscience fine des transitions,
on découvre les déséquilibres invisibles à vitesse normale.
Cette lenteur transforme la forme en une méditation en mouvement, où l’attention reste engagée dans l’instant, sans fixation ni dispersion. Le pratiquant apprend à rester présent tout au long de la séquence, sans anticipation ni inertie.
Une porte d’entrée… et un chemin sans fin
L’un des paradoxes les plus fascinants de la forme 24 est qu’elle est à la fois :
une porte d’entrée idéale pour les débutants,
un champ d’exploration infini pour les pratiquants avancés.
Avec les années, la forme ne change pas — mais la manière de la vivre se transforme radicalement.Ce qui était d’abord une suite de mouvements devient :
un travail sur les fascias,
une exploration énergétique,
un dialogue entre structure et relâchement,
une pratique d’unification intérieure.
Nombre de maîtres traditionnels affirment qu’une seule forme, pratiquée toute une vie avec sincérité, suffit à explorer l’essence du Tai Chi. La forme 24 remplit parfaitement ce rôle.

Santé, longévité et équilibre global
Sur le plan physiologique, la forme 24 agit en profondeur :
amélioration de l’équilibre et de la coordination,
assouplissement articulaire sans traumatisme,
régulation du système nerveux,
soutien des fonctions respiratoires et digestives.
Mais ses effets les plus puissants se situent souvent ailleurs : dans la régulation émotionnelle, l’apaisement mental, la capacité à habiter pleinement son corps. Elle ne cherche pas la performance, mais l’harmonisation globale.
Entre tradition et monde contemporain
Dans un monde marqué par la vitesse, la fragmentation et la surcharge mentale, la forme des 24 mouvements agit comme un contre-rythme salvateur. Elle reconnecte l’individu à des lois universelles simples : continuité, alternance, enracinement, transformation.
Elle est aujourd’hui pratiquée dans les parcs, les écoles, les hôpitaux, les centres de recherche sur le vieillissement — mais aussi par des artistes martiaux, des méditants et des chercheurs de sens.
Conclusion : une forme courte, un art immense
La forme des 24 mouvements n’est ni une version « facile » ni un Taichi incomplet. Elle est une porte royale vers l’essence du Taichi Chuan (Taiji Quan), un espace où le geste devient souffle, où la structure devient vivante, et où le corps se transforme en lieu de conscience.
Pratiquée avec attention, elle révèle une vérité simple et profonde :le mouvement juste ne s’ajoute pas à la vie — il en révèle le rythme intérieur.



Bonjour Daniel
Tes cours sur la forme de Pékin c’est tout ce que j’attendais, je suis heureuse de l’apprendre de cette façon. Maintenant je me sens à la fois ancrée et légère/libre, des sensations très agréables. Merci
Maryse 🤗
👍🙏